

Le projet repose sur une lecture rigoureuse de l’existant, de la topographie et des modes de vie des commanditaires. L’intervention s’articule autour de trois axes majeurs : la clarification volumétrique, la reconquête de la lumière et la connexion physique avec le paysage.
Épurer et séquencer les façades
La première phase a consisté à purger la maison de ses excroissances pour retrouver l’authenticité des volumes. Les loggias d’origine ont été restituées et les ouvertures agrandies verticalement par l’abaissement des allèges jusqu’au sol.
La façade alterne désormais de grandes baies cadrant le paysage, prolongées par des loggias ou protégées par des volets en bois,et des percements verticaux étroits. Ce dispositif crée un rythme rigoureux, apporte de la profondeur et joue avec les ombres portées du sud.




Affirmer la composition des volumes
Le projet assume et magnifie la volumétrie sous-jacente faite de blocs juxtaposés sous toitures inclinées. Pour clarifier cette composition, la section de toiture en pente surplombant l’entrée a été démolie. Le plancher béton des combles est ainsi devenu une toiture-terrasse plate, agissant comme une rotule visuelle qui dissocie distinctement les volumes nord et sud aux pentes différenciées.
Cette zone centrale marque désormais une entrée traversante, mise en perspective par une nouvelle allée extérieure perpendiculaire à la façade. La transparence visuelle depuis l’accès vers le jardin est ainsi pleinement valorisée. Cette dissociation volumétrique, désormais aussi visible sur la façade est côté jardin, simplifie la lecture globale et confère à la maison une identité architecturale affirmée.



INTÉGRATION AU SITE & AMÉNAGEMENTS EXTÉRIEURS
La relation au site a été entièrement reconfigurée pour générer une continuité fluide entre l’intérieur et le paysage. Ce dialogue passe par un travail topographique en gradins, conçu pour ancrer la maison dans sa pente.
Implanté à l’est face à la vue, le couloir de nage s’installe en léger contrebas (environ 70 cm). Son système à débordement crée un palier visuel intermédiaire avant le traitement du bas du terrain en terrain de pétanque. Les déblais liés au creusement ont permis de remodeler les abords : une partie a été remblayée pour offrir une terrasse de plain-pied avec le séjour, tandis que des soutènements, jardinières et emmarchements en acier Corten gèrent la transition vers le niveau inférieur.
Une nouvelle construction annexe, le poolhouse avec sa cuisine extérieure s’installe au sud, perpendiculairement à la maison et à la piscine. Elle cadre la vue et abrite une cuisine d’été ainsi qu’une terrasse couverte, totalement ombragée lorsque ses grandes portes en accordéon s’effacent.
L’acier corten est le fil conducteur à l’extérieur, il sépare les niveaux et les revêtements. Les cheminements extérieurs et abords immédiats de la maison sont traités de manière minérale avec des graviers calcaires, dans lesquels sont insérés des dalles de béton teinté argile, de tailles différentes, comme de pas japonais surdimensionnés.


MATÉRIALITÉ & COHÉRENCE CHROMATIQUE
Pour unifier l’existant et les extensions, une palette chromatique et matérielle unique a été rigoureusement sélectionnée, donnant l’illusion d’un projet conçu d’un seul jet.
Les façades reçoivent un enduit à la chaux texturé, aux tonalités naturelles et chaleureuses, oscillant entre le sable et l’argile. La finition est différenciée selon les niveaux : talochée-éponge au rez-de-chaussée pour un effet de matière subtil, et brossée horizontalement sur le soubassement pour exprimer l’ancrage au sol.
Les modénatures et la couverture : Les menuiseries extérieures sont réalisées en châtaignier local, apportant une nuance dorée qui souligne la composition des ouvertures. En toiture, les tuiles rouges d’origine ont été remplacées par des tuiles canal aux tons mêlés plus clairs, harmonisées avec l’enduit.
AMÉNAGEMENT INTÉRIEUR & DESIGN SUR MESURE
L’intérieur a fait l’objet d’un curage total avec la démolition des cloisonnements non porteurs pour libérer les espaces.

Fluidité et reconnexion des niveaux
Au rez-de-chaussée, un vaste volume traversant réunit le séjour et la cuisine. Cet espace ouvert se segmente naturellement en sous-espaces distincts, qualifiés par des variations de hauteurs sous plafond et leurs prolongements extérieurs respectifs.
Au cœur du plan, la création d’une trémie intègre un nouvel escalier ouvert, baigné de lumière. Il connecte efficacement le niveau supérieur au rez-de-jardin, désormais entièrement investi comme espace servant et de vie : chambres d’amis, salle de sport, salle de yoga (aménagée dans l’ancien auvent du garage) et cave à vin. Cette dernière s’implante logiquement dans la zone la plus enterrée et obscure, tandis que les pièces principales s’ouvrent au nord-est sur une terrasse basse dédiée.

Matériaux et mobilier intégré
L’enveloppe intérieure prolonge la matérialité extérieure : enduits à la chaux fine sur les murs et plafonds peints en ton sur ton (teinte claire dans le séjour, plus dense dans les chambres, et lie-de-vin dans la cave). Le blanc pur est proscrit pour privilégier la douceur. Les sols se partagent entre un parquet en chêne (RDC) et un béton ciré teinte argile (RDJ et pièces d’eau).
L’agence OECO a dessiné l’ensemble du mobilier intégré (cuisine, rangements, banquettes, bibliothèques). La charte des composants intérieurs est volontairement restreinte et noble : chêne, raphia, laiton et pierre naturelle Patagonia. Le laiton se décline également sur l’ensemble de la quincaillerie, de l’appareillage électrique et de la robinetterie.


PERFORMANCE ÉNERGÉTIQUE INTÉGRÉE
La réhabilitation technique tire parti de l’inertie de la structure existante pour optimiser le confort thermique d’été comme d’hiver.
Isolation thermique : Stratégie hybride combinant isolation par l’extérieur (ITE) et isolation par l’intérieur (ITI) selon l’orientation des parois et les contraintes architecturales. Remplacement des menuiseries par des châssis performants en châtaignier local avec doubles vitrages à faible émissivité.
Protections solaires : Les apports solaires sont maîtrisés par les débords de toiture existants des loggias, complétés par des stores extérieurs textiles pour les intersaisons. Les autres baies du RDC sont équipées de volets coulissants à galandage en châtaignier, tandis que le RDJ intègre des volets roulants en bois.
Systèmes : Le chauffage et le rafraîchissement sont assurés par une pompe à chaleur air/eau raccordée à un plancher chauffant/rafraîchissant et des émetteurs basse température.
La transformation de cette maison des années 1970 illustre la capacité de l’architecture à réinventer le patrimoine domestique récent sans en nier l’histoire. Par un travail rigoureux de soustraction et de clarification volumétrique, l’agence OECO a su métamorphoser une structure fragmentée en une résidence contemporaine d’une grande fluidité.
En unifiant le bâti, le design intérieur et la topographie du site à travers une matérialité commune et vibrante, le projet abolit la frontière entre intérieur et extérieur. Cette intervention sensible démontre que la durabilité en architecture réside d’abord dans l’art de révéler le potentiel d’un lieu pour l’ancrer de manière intemporelle dans son paysage.



Etat existant avant travaux :



- Programme : Rénovation d’une maison de 1976, construction d’un pool house et d’une piscine.
- Localisation : Haute Garonne (31)
- Maître d’ouvrage : Privé
- Maîtrise d’oeuvre : OECO Architectes
- Année : Livré en 2025
- Surface : 391 m2 SDP
- Crédit photo : Sébastien Bez